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Compétence


Je me propose de mettre ici un certain nombre d'éléments de reflexion introductifs à la notion de "Compétence" ,
qui est à la fois de plus en plus employée pour la description des objectifs d'apprentissage , et relativement floue dans les interprétations qui sont données de cette notion , même si de nombreuses reflexions théoriques , en particulier liées à l' usage de cette notion dans le monde professionnel et dans celui de la formation professionnelle , devraient aujourd'hui permettre d'en avoir une approche de "définition" minimale commune .

Une des principales questions sera en effet de savoir si la transposition de cette notion du domaine de la formation professionnelle à celui de la formation générale, et notamment de la formation scolaire de base , comme cela est fait au sujet du SocleCommun , ne signifie pas en fait , soit un détournement illégitime et non pertinent d'une notion qui serait pertinente dans le cadre d'une formation professionnelle , soit la nécessité de penser un autre sens de la notion de compétence que celui qui est d'usage dans la formation professionnelle.

Je ne suis évidemment pas le premier à me poser la question de la pertinence de cette transposition.

Remarque : Un "Etat de l' art" , recensement des travaux théoriques sur le thème de la compétence , a été fait à la fin des années 90 , par Jean-François Lévy , dans le cadre d'une recherche de l' INRP . Si on veut avoir une idée approfondie des pistes de recherches suivies dans ce domaine, on peut se référer à ce recensement : http://www.inrp.fr/Tecne/Rencontre/IntroJFL.pdf

Quand on cherche des références théoriques concernant la notion de compétence , on tombe en général rapidement sur celle de Guy Le Boterf , et sur le fait que toute cette problématique est issue du monde de la formation professionnelle.

Philippe Perrenoud donne cette "définition" rapide :
"La notion de compétence a de multiples sens. Je définirai ici une compétence comme une capacité d’agir efficacement dans un type défini de situations, capacité qui s’appuie sur des connaissances, mais ne s’y réduit pas. Pour faire face, le mieux possible, à une situation, nous devons en général mettre en jeu et en synergie plusieurs ressources cognitives complémentaires, parmi lesquelles des connaissances."

Une interview de Philippe Perrenoud au sujet de l'approche par les compétences à l'école :
http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_1999/1999_14.html

Un résumé et l'introduction de l'ouvrage de Philippe Perrenoud :

Perrenoud, Philippe Construire des compétences dès l'école Paris, ESF, 1997, 3e éd. 2000
http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_livres/php_construire.html

Lien direct vers l' Introduction définissant la notion de compétence :

http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_livres/php_construire.html#INTRO



Savoir agir avec compétence, selon Guy Le BOTERF, c'est : Un savoir agir reconnu .


SAVOIR: des connaissances intellectuelles, des représentations
AGIR: des capacités à mettre en oeuvre
RECONNU: socialisé, validé, inséré dans un exercice, un lieu
On reconnaîtra qu'une personne sait agir avec compétence si elle:
sait combiner et mobiliser un ensemble de ressources pertinentes (connaissances, savoir-faire, qualités, réseaux de ressources...)
pour réaliser, dans un contexte particulier, des activités professionnelles selon certaines modalités d'exercice (critères d'orientation)
afin de produire des résultats (services, produits), satisfaisant à certains critères de performance pour un client ou un destinataire .

( Sur le site de François Muller : http://parcours-diversifies.scola.ac-paris.fr/PERETTI/leboterf.htm )


Deux fiches de lecture concernant deux ouvrages de Guy Le Boterf :

1. "De la compétence : essai sur un attracteur étrange par Guy Le Boterf " ( Editions d'Organisation 1994 )
Note de lecture : http://www.crcom.ac-versailles.fr/IMG/doc/Competences_Le_Boterf.doc

2. « Développer la compétence des professionnels » Construire les parcours de professionnalisation. Editions Liaisons, juin 2002
Fiche de lecture réalisée par Isabelle GIRY Cours B1 « Théorie des Organisations » le 20 mars 2003
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/devel_competence.doc



Extrait d'une synthèse de Jonnaert :


L'article original http://www.er.uqam.ca/nobel/cirade/documents/jonnaert_burkina.pdf n'est plus accessible
Mais on trouvera ( en cherchant sur Google avec comme mots-clés Jonnaert Compétences ), diverses références dont :

" Contribution critique au développement des programmes d’études : compétences, constructivisme et interdisciplinarité"
Note de synthèse[1] Philippe Jonnaert, Johanne Barrette, Samira Boufrahi, Domenico Masciotra
http://www.ore.uqam.ca/Documentation/Jonnaert/Articlerse2005.mht

Ce même texte , qui semble devenu une référence fréquemment citée , peut être trouvé sous forme pdf ici :
http://www.ibe.unesco.org/cops/Competencies/observ_critiq.pdf

"Nous résumons cet ensemble de définitions ( de la notion de compétence ) en six points :

- (1) Une compétence est une mise en oeuvre, par une personne particulière ou un groupe de personnes (une compétence peut être collective) de savoirs, de savoir-être, de savoir-faire ou de savoir-devenir dans une situation donnée ; (une compétence est donc toujours
contextualisée dans une situation précise et est toujours dépendante de la représentation que la personne ou le groupe de personnes se fait de cette situation) .

- (2) Cette mise en oeuvre suppose une mobilisation efficace d’une série de ressources pertinentes pour la situation ; ces ressources peuvent être d’ordre cognitif (par exemple des connaissances), d’ordre affectif (par exemple l’inscription de cette situation dans un projet personnel), d’ordre social (par exemple faire appel à l’aide de l’enseignant ou d’un condisciple), d’ordre contextuel (par exemple utiliser l’ordinateur de la classe ou un référentiel tel un dictionnaire ou un fichier) ou autres; il n’existe pas de limitation à ces ressources, elles peuvent être très différentes d’une situation à une autre et d’une personne à une autre ou d’un groupe de personnes à d’autres11 ; par ailleurs, les ressources cognitives ne sont qu’une ressource parmi d’autres).

- (3) Au-delà de cette mobilisation et de cette mise en œuvre de ressources, la compétence suppose aussi une sélection des ressources mobilisées qui permettront d’être le plus efficace possible dans la situation.

- (4) La compétence suppose aussi une coordination des ressources retenues entre elles; même si, au départ, une personne ou un groupe de personnes mobilise beaucoup de ressources, elle ne devra utiliser que celles qui sont pertinentes pour la situation et non redondantes entre
elles ; au-delà de la mobilisation, les activités de sélection et de coordination des ressources sont tout aussi importantes.

- (5) Enfin, à l’aide de ces ressources mobilisées, sélectionnées et coordonnées, la compétence suppose un traitement avec succès des tâches que requiert la situation ; certaines de ces tâches peuvent relever de la résolution de problème ; la personne ou le groupe de personnes devra ensuite articuler entre eux les résultats de ces traitements ; une compétence ne sera déclarée
telle que si la situation est traitée avec succès.

- (6) Enfin, une compétence suppose que l’ensemble de ces résultats a non seulement permis le traitement de la situation avec succès mais aussi que ces résultats soient socialement acceptables ; cette double caractérisation du résultat, succès versus acceptation sociale ,
nécessite d’intégrer une dimension éthique à l’évaluation des résultats. "




REMARQUE - OPINION PERSONNELLE (Armand Stroh ) :

Mais la question reste alors entière : que veut dire, et pour QUI, qu'une situation est « traitée avec succès » ? Dans un jeu « gagnant/perdant » , elle ne peut l'être, par définition que par le « gagnant » . Dans une telle situation ( ne cherchez pas trop loin des exemples ... ) , la « compétence des uns – « gagnants » - signifie nécessairement l' « incompétence » des autres .
Conséquence : si on prétend que TOUS peuvent devenir compétents dans des situations données, c'est que nécessairement ON INTERDIT que dans ces situations là il y ait des « gagnants » et des « perdants » ou que le « succès » de la situation pour les uns signifie le non « succès » des autres.
A partir de la définition précédente de la "compétence" , sur laquelle de nombreux chercheurs se retrouvent en gros aujourd'hui ,
il me semble donc nécessaire , du point de vue d'une POLITIQUE EDUCATIVE, de faire la différence entre DEUX CLASSES DE COMPETENCES :

1. Celles dont la notion de "succès" ( en termes "objectifs" de "résolution" réelle d'un problème ) et la notion d' "acceptation sociale" sont liées à une conception de valeur relative du "succès" et de l' "échec" , et donc à une impossibilité logique intrinsèque que "tout le monde réussisse" , parce que "réussir" dans ce type de compétences veut nécessairement dire réussir mieux que d'autres ( ainsi d'une compétence qui serait d'arriver à "faire partie d'une petite caste oligarchique exerçant son pouvoir sur la masse des autres" ).
( appelons une telle "compétence" "CompetenceCompetitive " : elle ne "NouS" intéresse pas comme objectif propre ):

2. Celles dont la notion de "succès" et d'"acceptation sociale" sont logiquement compatibles avec une réussite simultanée possible de tous les autres , si par exemple on se dit que "être capable de vaincre le cancer" pour chacun est un objectif en soi non contradictoire avec la même victoire remportée par et pour tous les autres. Evidemment , si on parle ici de "vaincre" , c'est bien aussi en termes relatifs d'un jeu "gagnant" / "perdant" : mais non pas entre des sujets individuels humains, mais de la liberté humaine individuelle et collective contre les "contraintes du réel" .
( appelons une telle compétence "CompetenceCooperative" ou au minimum non-compétitive ) .

Je propose donc qu'un des objectifs éducatifs essentiels , et ceci dès l'école primaire, est de permettre à tous les acteurs de l'éducation ( responsables institutionnels, formateurs, enseignants, parents , partenaires et bien sûr les élèves eux-mêmes ) de prendre clairement la mesure de cette DICHOTOMIE entre "compétences" et du fait que chacun est désormais responsable des choix qu'il fait quant au type de compétence qu'il cherche à développer pour lui-même ou pour d'autres.


Il en résulte pour moi très explicitement que s'il apparaissait clairement à l'analyse ( à effectuer par l'ensemble des acteurs dans des débats contradictoires et libres ) , qu'une "compétence" inscrite dans un référentiel éducatif peut être interprétée essentiellement comme une compétence du premier type ( intrinsèquement compétitive soit entre des individus soit entre des groupes ) , alors elle ne pourrait pas être considérée comme "obligatoire" dans le cadre d'une "instruction" ou d'une "éducation" obligatoires , parce que l'"obligation" qui serait faite de "con-courir" dans une "course" ou un "parcours" dont on sait qu'il n'est, par principe , une voie de "réussite" possible que pour quelques uns au détriment d'autres , serait intrinsèquement et explicitement contraire au principe de la "réussite pour tous" , et donc aux Valeurs même de la République et plus largement des Droits de l' Homme , même si une longue "tradition" de prétendu "élitisme républicain" en avait pérennisé l'usage .
( De la même façon que l'absence du droit de vote des femmes , contraire aux valeurs et aux principes mêmes de l'égalité républicaine , avait ainsi aussi longtemps perduré dans les institutions ... notamment françaises et avait même été "justifiée" par de bons "républicains" et "démocrates" ... )

Je déclare , à titre personnel, qu'il existerait alors un droit moral de n'importe quel acteur de refuser à se soumettre à une telle "obligation" , et si nécessaire de traduire ce refus en termes de "désobeissance civile"? : et ceci au nom des principes fondamentaux des Droits de l' Homme . Je propose donc de distinguer entre deux types de "compétences", suivant que leur signification principale est définie
- en termes de "compétition" ( CompetenceCompetitive )
( la plus grande "compétence" des uns se nourrit ou suppose la moindre "compétence" d' autres acteurs humains de la situation
- en termes de "coopération" ( CompetenceCooperative )
( la croissance de la compétence des uns ne se fait pas par déclassement de la compétence des autres, mais soit au moins de façon mutuellement compatible, soit dans les meilleurs cas en permettant une activation synergique de la compétences collective potentielle de tous les êtres humains.

- on pourrait alors appeler " CompetenceCritique? " , la synergie de l' ensemble des ressources cognitives, culturelles , affectives, sociales, etc. qui permettent à des individus et à des groupes de ne plus être "bernés" par la confusion des deux types de compétences précédentes , et de demander à tout acteur qui "exige" ou "prescrit" à d'autres de développer leurs compétences ( notamment supposé être hiérarchiquement "supérieur" dans les responsabilités sociales ou politiques , ou avoir une fonction d' "évaluateur" ou de "prescripteur" , etc. ) ,
de préciser de quelle catégorie de compétence ( Compétitive ou coopérative ) il parle et prétend exiger la "construction" , et d'être capable de "prouver" , s'il prétend vouloir prescrire l' acquisition d'une compétence donnée, que cette compétence est soit une "CompetenceCooperative" , soit , dans le cas où elle ne le serait pas, de laisser à l' acteur "formé" le libre choix de se "former" ou pas à cette supposée compétence de compétition .


L'occasion collective qui nous est donnée de réfléchir au "Socle Commun de connaissances et de compétences" peut aussi nous mettre aujourd'hui collectivement devant cette question ... et donc de développer la "CompetenceCritique? " ainsi définie.

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